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Actualité | Repositionnement d’un médicament existant : la finérénone, utilisée contre les maladies rénales, pourrait offrir un nouvel espoir pour traiter l’IOP
Actualité | Repositionnement d’un médicament existant : la finérénone, utilisée contre les maladies rénales, pourrait offrir un nouvel espoir pour traiter l’IOP
Une nouvelle étude suggère qu’un médicament oral initialement utilisé contre les maladies rénales pourrait constituer un nouveau traitement de l’infertilité chez les femmes atteintes d’insuffisance ovarienne prématurée (IOP). Les chercheurs ont constaté que la finérénone, un médicament antifibrotique, favorisait le développement folliculaire et avait permis, dans une étude clinique préliminaire, à certaines patientes atteintes d’IOP de produire des ovocytes matures pouvant être utilisés pour une fécondation in vitro (FIV).
Cette recherche a été menée conjointement par l’équipe du professeur Kazuhiro Kawamura à l’université Juntendo, au Japon, et celle du professeur Kui Liu à l’université de Hong Kong (HKU). Les résultats ont été publiés dans Science le 5 février 2026.
L’insuffisance ovarienne prématurée touche 1% à 3% des femmes en âge de procréer
L’insuffisance ovarienne prématurée est une cause majeure d’infertilité féminine et touche environ 1% à 3% des femmes en âge de procréer. Les patientes présentent généralement un arrêt des règles, une baisse du taux d’œstrogènes et une élévation de l’hormone folliculo-stimulante (FSH).
Bien que de nombreuses patientes atteintes d’IOP conservent des follicules primordiaux dans leurs ovaires, ceux-ci ne se développent souvent pas spontanément. Comme le taux de FSH est déjà élevé, ces follicules ne répondent généralement pas non plus de façon efficace à la stimulation ovarienne conventionnelle.
L’équipe de Kawamura avait auparavant mis au point une technique d’activation in vitro (IVA). Cette méthode consiste à cultiver du tissu cortical ovarien et à activer ses petits follicules avant de retransplanter le tissu chez la patiente par chirurgie laparoscopique. Elle a permis d’obtenir des grossesses et des naissances vivantes chez certaines patientes.
Le fondement théorique de cette technique provenait des recherches de l’équipe de Liu à l’université de Hong Kong. Celle-ci a découvert que la voie de signalisation mTORC1 dans les cellules de la granulosa et la voie de signalisation PI3K dans les ovocytes jouent un rôle essentiel dans la formation des follicules.
Le professeur Kawamura a expliqué : « Sur la base de ce mécanisme, nous avons développé l’activation in vitro afin de rétablir la fertilité en activant les petits follicules du cortex ovarien des patientes atteintes d’IOP, puis en réalisant une autogreffe. »
À la recherche d’un traitement sans chirurgie
Dans la nouvelle étude, les chercheurs ont cherché un moyen d’activer les follicules sans chirurgie invasive. Ils ont remarqué que certains médicaments capables d’activer les voies de signalisation mTORC1 et PI3K sont déjà utilisés pour traiter les maladies rénales.
L’équipe s’est donc demandé si ces médicaments autorisés pourraient être repositionnés afin de rétablir la fertilité chez les femmes atteintes d’IOP.
Après sélection, les chercheurs se sont concentrés sur la finérénone. Cet antagoniste des récepteurs des minéralocorticoïdes exerce des effets antifibrotiques et a présenté un bon profil de sécurité chez les patients atteints de maladie rénale chronique.
Lors d’expériences en laboratoire, les chercheurs ont cultivé des ovaires immatures de souris avec de la finérénone. Les ovaires ont commencé à former des follicules et ont fini par produire des ovocytes matures.
Les expériences sur les souris montrent une amélioration de la fertilité
L’équipe a ensuite approfondi cette découverte sur des modèles animaux.
Au cours d’une expérience de 18 semaines, les souris ayant reçu de la finérénone par voie orale ont eu significativement plus de descendants que le groupe placebo. Le médicament a également induit la formation de nouveaux follicules chez des souris infertiles en raison d’un déclin de la fonction ovarienne lié à l’âge.
L’analyse de l’expression génique a montré que la finérénone inhibait la production de collagène dans le cortex ovarien. Un dépôt excessif de collagène rigidifie les tissus par fibrose, ce qui limite physiquement la croissance des petits follicules.
Le professeur Kawamura a déclaré : « L’effet antifibrotique de la finérénone peut réduire la contrainte exercée par la matrice extracellulaire sur la croissance des petits follicules, leur permettant ainsi de poursuivre leur développement. »
L’étude a également révélé que la signalisation entre le collagène du stroma ovarien et les cellules de la granulosa pourrait être un important régulateur négatif du développement folliculaire.
Pour vérifier cette hypothèse, les chercheurs ont évalué deux autres médicaments antifibrotiques, le nintédanib et le ruxolitinib. Tous deux inhibent la fibrose par des mécanismes différents et ont également induit la formation de follicules dans les ovaires de souris, confortant ainsi la théorie selon laquelle le collagène limite le développement folliculaire.
Étude préliminaire chez l’humain : certaines patientes ont produit des ovocytes matures
Après les résultats positifs obtenus chez l’animal, l’équipe a mené une étude clinique exploratoire préliminaire à l’hôpital de l’université de Hong Kong-Shenzhen.
L’étude portait sur 14 patientes atteintes d’IOP qui ont pris de la finérénone par voie orale pendant 3 à 7 mois. Les résultats ont montré que :
Un développement folliculaire a été observé chez toutes les patientes
Sept patientes ont produit des ovocytes matures pouvant être utilisés pour une FIV
Les chercheurs ont indiqué que la qualité des ovocytes prélevés était comparable à celle des ovocytes de femmes du même âge, non atteintes d’IOP et suivant une FIV.
Malgré la faible taille de l’étude, les résultats suggèrent qu’un traitement antifibrotique pourrait contribuer à activer les follicules résiduels chez certaines femmes atteintes d’IOP.
Une nouvelle approche du traitement de l’IOP
L’équipe estime que, si des essais cliniques de plus grande ampleur confirment cette découverte, les médicaments antifibrotiques pourraient devenir un traitement plus simple et moins invasif.
Le professeur Kawamura a déclaré : « Une étude plus approfondie des médicaments antifibrotiques oraux autorisés par la FDA pour activer les petits follicules ovariens pourrait ouvrir une nouvelle voie thérapeutique contre l’infertilité associée à l’IOP. »
Les chercheurs ont indiqué que cette stratégie pourrait réduire le recours à la chirurgie et offrir davantage d’options reproductives aux femmes atteintes d’IOP dans le monde.
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